Henri Salvador est mort. Mieux vaut mourir de rire que pleurer. Voici sans doute le genre de commentaire qu'il aurait aimé entendre. Quant à moi, j'ai eu peine à retenir mes larmes apprenant la mort de celui que je considérais - Nougaro décédé, Legrand retraité, Jonasz décadant - comme le seul chanteur français vivant à mon goût. Salvador c'était ma première émotion musicale avec "Maman tu es la plus belle du monde", mon premier spectacle parisien (je l'ai vu en 80 au Cirque d'hiver, porte de Pantin), la première berceuse - une chanson douce - chantée à ma fille, la première fois que j'ai accroché sur un morceau de jazz avec Un p'tit disque de Count Basie, et la seule fois que j'ai dû regarder Vivement Dimanche en entier. Henri Salvador était une mine: il a pris le paquebot pour s'enfuir au Brésil; avec Ray Ventura, à l'époque, il chantait Augustin, Madame la marquise et récitait le collaborationniste. Il a composé et joué avec Boris Vian et surtout, Salvador, c'était un artiste qui ne s'est jamais pris pour autre chose qu'un amuseur public, une qualité quasiment inexistante dans la variété francophone, où les artistes cachent souvent leur médiocrité derrière un pseudo-engagement politique. Salvador n'était pas un idéologue, et se demander "Salavador était-il libéral?" a quelque chose de ridicule. Je laisserais cependant ces quelques lignes de ma Chansonnette à votre sagacité....
Si les percepteurs
Chantaient en chœur
Ma chansonnette
On s'rait tous d'accord
Sans l'moindre effort
C'est pas si bête
Plus de guerr's idiotes
Et plus de frontières
Le bonheur à part entière
Si l'monde apprenait
A fredonner
Ma chansonnette...
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