
Alors que l’on célèbre aujourd’hui le 90ème anniversaire de l’armistice, il est plus que jamais temps de rendre hommage à tous les héros de la Grande Guerre. Avec la victoire récente de Barack Obama, la France semble vouloir se réconcilier avec les USA. C’est donc le moment où jamais de se rappeler que des soldats américains sont venus se battre sur le sol français.
"Depuis le 26 juin 1917, date de l'arrivée en France de leur premier contingent à Saint-Nazaire, les Américains mettent progressivement en marche une impressionnante machine de guerre. Au 1er janvier 1918, il y a 150 000 soldats américains en France. Le 11 novembre, ils sont 2 millions sur le front occidental. Au cours de cette même année, leurs unités, instruites dans des camps aux Etats-Unis avant d'être envoyées en France, à l'arrière du front, pour compléter leur instruction sous la direction de cadres français, montent en ligne en Lorraine, dans des secteurs relativement calmes où elles subissent l'épreuve du feu. A cette époque, la France fournit des armes lourdes : environ 230 tanks, 3 000 canons, des milliers d'avions."
Or si les troupes US se sont engagées tardivement, il faut rappeler que des volontaires sont venus en nombre bien avant que le gouvernement américain ne se décide à entrer en guerre. C’est le cas des héros de l’Escadrille Lafayette. Parmi ces 42 aviateurs venus de leur plein gré se battre sur le sol européen, on trouve quelques noms célèbres tels que Kiffin Rockwell, Norman Prince ou Raoul Luferby. Et surtout l’incroyable Eugène Jacques Bullard, le premier et unique pilote noir de l’armée américaine dont l’histoire semble toute droit tirée d’un conte extraordinaire. Après avoir fuit les USA à l’âge de 8 ans EJB est venu vivre en Europe. Il a été tour à tour garçon d’écurie, cible vivante dans un music-hall puis boxeur. Après s’être engagé dans la Légion étrangère pour participer à la Première Guerre Mondiale, il sera blessé à Verdun en 1916 et décoré deux fois de la Croix de guerre. Il apprend à piloter sur Caudron G-3 et Caudron G-4. Il volera avec l’escadrille Lafayette. Il a une mascotte qu’il emmène en avion : son singe "Jimmie". La devise, inscrite sur son fuselage, était all blood runs red (« tout sang coule rouge »). Il fut surnommé l’« hirondelle noire de la mort », et a été cité à l’ordre du régiment le 3 juillet 1917, avec croix de guerre 1914-1918. Après diverses péripéties, il s’installera à Paris, où il ouvrira une boite de jazz et une salle de boxe. Il se mariera à Marcelle Straumann, la fille d’une comtesse française, aura deux filles et rencontrera des célébrités tels que Josephine Baker et Louis Armstrong. Bullard fut également résistant pendant la seconde guerre mondiale. Après guerre, il vivra entre la France et les USA, où il peinera à trouver une vie à la hauteur de son héroïsme. En 1959, il sera fait Chevalier de la Légion d’honneur par le Général De Gaulle. Il meurt d’un cancer de l’estomac. Son histoire est publiée dans le livre: The Black Swallow of Death: The Incredible Story of Eugene Jacques Bullard, The World's First Black Combat Aviator (L'incroyable histoire d'Eugene Jacques Bullard, le premier noir aviateur de combat) écrit par P.J. Carisella, James W. Ryan and Edward W. Brooke (Marlborough House, 1972). Il sera promu à titre posthume au grade de sous-lieutenant (second lieutenant of the United Air Force). On retrouve un bref portrait de Bullard, dans le film Flyboys qui raconte l’histoire de l’Escadrille Lafayette (information reprise et résumée de l'article de Wikipédia).
On n'oubliera jamais l'histoire de Bullard et au travers de son caractère exceptionnel aussi, la question qui se pose est bien évidemment si aujourd'hui un Eugène Jacques Bullard serait plus glorifié en France qu'aux USA ?
PS: Je profite de cette note pour vous inviter à découvrir le blog d'Eric Cunat qui a décidé d'aller "checker" son rêve américain. Je vous invite également à lire son excellent article dans Wikipédia sur l'intervention des troupes américaines dans la Grande Guerre.


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