Après quatre années d'expériences au sein d'Alternative Libérale, voici une première observation que je voudrais partager : le premier ennemi du militant libéral en France, ce n'est pas l'anti-libéral (certes ils sont en pagaille, ceux qui déforment notre courant de pensée) mais c'est le libéral lui-même. En effet, quelle cohérence y aurait-il dans la pensée, si les libéraux se contentaient de dire "ah... si nous n'avons pas un parti libéral au pouvoir aujourd'hui en France, c'est la faute des idéologies marxisantes qui tiennent le haut du pavé". Oui, il y a de ça. mais c'est finalement trop simple de rejeter la cause sur les autres et surtout pas très libéral....
Certes, l'histoire n'a jamais joué en notre faveur (j'ai lu quelque part que le si le socialisme avait infusé ainsi notre culture, c'est qu'à la fin du siècle dernier, le bibliothécaire de Normal Supérieur avait rempli les rayons d'ouvrage marxistes, ce qui avait eu pour conséquence de convertir toute une génération d'intellectuels). Mais un libéral doit assumer un maximum la responsabilité de ses actes. Partant de ce principe, je me suis donc interrogé pour savoir si l'erreur ne venait pas en premier lieu de notre camp.
Quand Alternative Libérale a vu le jour en mars 2006, le parti avait pour objectif de mener une guerre éclaire pour vite se positionner sur l'échiquier politico-médiatique et faire peser des idées qui n'avaient plus aucun parti pour les défendre. La tâche semblait quasi-impossible, et pourtant, AL a cumulé quelques beaux succès, même si les résultats électoraux n'ont pas été au rendez-vous. Pouvoir intervenir sur le plateau de Riposte ou de Mots Croisés à côté des plus grands, aligner cinquante candidats pour les législatives, faire cinq listes et avoir le droit à un spot de campagne pour les Européennes, sont des actions remarquables pour un parti qui n'a ni moyens, ni élus. Donc de ce point de vue, je pense qu'il n'y a pas beaucoup à redire. Les idées sont là, le courant porteur aussi, et comme la nature a horreur du vide, alors les tribunes et les actions sont au rendez-vous. Mais les querelles intestines entre libéraux ont miné le parti. Si tous ou presque sont d'accord pour diminuer l'importance de l'Etat providence, nombreux viennent avec des causes sous le bras et l'objectif d'imposer leurs préférences aux autres. On imagine alors ce qu'ils seraient capable de faire à la tête de l'Etat. C'est un peu insensé quand on sait qu'une démocratie libérale a pour objectif, non pas d'imposer un modèle de société, mais d'assurer la coexistence de plusieurs modèles sans en privilégier aucun. Or si les libéraux sont généralement d'accord sur l'ossature du modèle politique qu'ils défendent, dès qu'il s'agit de remplir les interstices, avec de la chaire, c'est là que les ennuis commencent. Et pourtant les militants avaient la solution sous le nez, inscrite dans le programme. Mais certains n'ont rien vu et continuent de ne rien voir. Je ne prendrai qu'un seul exemple.
Qu'est-ce qui peut réunir ceux qui veulent le mariage gay et ceux qui pensent encore que le modèle de la famille catholique est le seul possible ? Que l'Etat n'intervienne pas dans le mariage pour donner un modèle de famille (pour ou contre le mariage gay) et qu'il laisse les individus choisir de se marier en fonction de leurs préférences et de leurs croyances, en assurant leurs biens devant un notaire. Il n'y a pas de prosélytisme à faire en la matière. Par conséquent, AL n'a pas à se dire pour ou contre le mariage gay, mais contre l'intervention de l'Etat dans le mariage. Facile non ? Et pourtant remis dans le contexte du mariage gay, le message ne passe pas. Entre ceux qui veulent aller défiler à la gay pride (promouvoir leurs valeurs) et ceux qui considèrent que cette structure familiale n'est pas naturelle (empêcher les autres d'exprimer leurs valeurs), le dialogue devient alors impossible. Puis le débat s'enlise dans des considérations électoralistes : il ne faut pas parler de cela maintenant, car ce pourrait être mal interprété et les provinces ne suivront pas. Oui, mais si on n'en parle pas maintenant, quand en parlera-t-on ? etc..., etc... Moi je dis commençons donc par bien interpréter le programme et on pourra alors en parler sans complexe. Démontrons que la non intervention de l'Etat dans la sphère familiale contente aussi bien ceux qui ont des considérations fiscalistes, que ceux qui sont soucieux du respect des religions, ou qui sont préoccupés du respect de leurs préférences sexuelles. C'est le rôle d'un parti comme Alternative Libérale : encourager le liberté et la responsabilité sans jamais faire de prosélytisme. Aussi, c'est la raison, pour laquelle, j'ai décidé de soutenir la liste de Louis-Marie Bachelot dans ces élections internes, car lui seul saura être le garant d'un libéralisme authentique en éloignant AL de toute tentation communautariste : une stratégie qui finira par réconcilier tous les libéraux. Mais il faudra de la patience et beaucoup de tact.


oserais-je "Libéralisme sans conscience n'est que ruine de l'âme ? " Merci pour ces quelques rappels et que l'attachement à certaines valeurs ne relève que de la sphère privée qui devrait idéalement être étanche à la politique.
Rédigé par: Denis | 13/11/2009 à 09:24
Excellentissimo camarade
AL'ain G
Mon nouveau lien: http://www.lumieres-et-liberte.org
@++ AL'ain
Rédigé par: alan de Bx | 13/11/2009 à 10:05
C'est intéressant, cette vision du problème.
Je crois que tu rentres, Jean-Paul, dans l'un des grands problèmes du libéralisme français. Globalement, dans notre beau pays, la majorité de ceux qui se proclament libéraux ne défendent en fait que le libéralisme économique, mais délaissent le reste de toute l'idéologie libérale. Ainsi, peut-on voir de nombreux libéraux prêts à faire intervenir l'État dans la vie intime des familles, dans les domaines de la vie privée voire dans l'exercice des libertés fondamentales. Je suis entièrement d'accord avec toi, c'est une erreur grave, qui discrédite vos idées.
Rédigé par: Mathieu L. | 15/11/2009 à 13:42
Salut Mathieu,
merci pour ton commentaire. En fait, ce n'est ni plus ni moins que le pg du libéralisme authentique. Tu sais même Madelin avait ça dans son programme. Mais bon il ne mettait jamais cela en avt pour ne pas faire fuir son électorat. Les choses n'ont pas bcp changé. Au sein d'AL nous ne pouvons aborder ce sujet sans susciter la discorde. Al a tjs revendiqué et les libertés individuelles et les libertés économiques. Mais il est difficile de communiquer sur les deux tableaux à la fois.
À bientôt
JPO
Rédigé par: Jpo | 17/11/2009 à 00:30