Voici un jazzy sunday qui tombe à pique ! Quelques jours après l'élection de Barack Obama, c'est l'occasion de parler d'un autre héros de la communauté afro-américaine, j'ai nommé le génial Wynton Marsalis. Pas évident de résumer la carrière de ce trompettiste en un post. D'ailleurs, comment parler de Wynton sans parler de ses trois frères, Brandford, Delfeayo, Jason et de son père, Ellis. C'est avec la famille Marsalis qu'adolescent, j'ai découvert le jazz. En effet, ayant épluché la liste des musiciens présents sur l'album The dream of the blue turtles, de Sting, je suis captivé par le solo de sax sur le titre If you love somedy set them free et Russian. Je décide alors de creuser dans les bacs pour trouver les albums d'un mystérieux Brandford Marsalis. Je découvre alors Black Codes from the Underground. Brandford y joue avec son frère Wynton. C'est pour moi une vraie révélation. J'entre enfin dans l'univers du jazz. Aujourd'hui, je me dis que l'effet Marsalis a fait son effet. Alors qu'au début des années 80, le mainstream jazz s'essoufle pour devenir un pan de l'histoire de la musique pendant que des géants tels que Herbie Hancock ou Miles Davis ont délaissé ce champ pour investir celui du jazz-rock, les deux frères Marsalis font irruption dans l'histoire pour porter à bout de bras le neo-bop. Au début ce mouvement va être interprété comme un simple courant revival : les Marsalis et Wynton en particulier, ne feraient que recopier les anciens sans valeur créative ajoutée. Brandford, lui, se distingue de son frère, parce qu'il n'hésite pas à jouer sur des albums de rap ou de variété (Sting en est le meilleur exemple). Si Wynton ne veut se compromettre, c'est qu'il est aussi connu comme un virtuose, qui a enregistré pas moins d'une trentaine d'albums de musique classique. Car non content de composer des ballets jazz, Wynton excelle également dans les concertos baroques. Wynton Marsalis incarne sans conteste une des plus grandes success story de la communauté afro-américaine. S'il n'est pas le premier des entertainers, il est le premier à inscrire sa démarche artistique dans le cadre d'une entreprise politique de plus grande envergure : utiliser le jazz comme un ascenseur social. Aussi, le titre du dernier ouvrage du musicien ne trompe pas : "Moving to higher ground, how jazz can change your life." L'ouvrage se concentre sur l'apport que peut fournir le jazz en matière de développement personnel, mais on devine que l'ambition de Wynton est plus large. Le trompettiste entend magnifier le jazz afin d'égaler la musique classique. Il veut que celui-ci illustre le génie de la communauté afro-américaine et par ce biais, décomplexer cette dernière. Depuis maintenant plusieurs années, Wynton est directeur du JALC (Jazz at Lincoln Center) et a sa statue sur la place de Marciac, petite commune du Gers où il est chaque année invité d'honneur du festival.
Légende vivante du jazz, Wynton ne fait cependant pas de politique au sens propre du terme. Si on trouve un post sur son site officiel traitant d'Obama qui a été écrit par un fan, on ne trouve pas de soutien officiel au candidat ( a contrario, Brandford lui s'est largement exprimé sur le sujet). En fait, si Wynton, revendique parfois son appartenance à la communauté afro-américaine et si certains de ses proches (on pense à Stanley Crouch) ont été jusqu'à soutenir qu'il fallait être black pour bien jouer du jazz, il a toujours tenté de transcender les différences culturelles et les déterminismes ethniques pour affirmer l'universalité d'un courant musical qui est issu d'un mélange de toutes les cultures. Il y a donc une véritable dialectique dans la démarche de Wynton et c'est pour cela que son entreprise de pédagogue (il a installé des écoles de musiques sur tout le territoire) est remarquable : oui la communauté afro-américaine peut être fière d'avoir inventé le jazz, mais l'histoire du jazz est faite de mélanges, donc le jazz appartient à tout le monde et est universel. Pour conclure ce post de manière arbitraire, je vous invite à vous écouter mon morceau préféré de Wynton, il s'agit de Green Chimney, une reprise de Thelonious Monk sur l'album Live at the house of tribes.
http://www.lastfm.fr/music/Wynton+Marsalis/Live+at+the+House+of+Tribes/Green+Chimneys


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