Cette semaine le Nouvel Observateur publie un excellent article signé de Carole Barjon et intitulé "Mais où sont passés les libéraux ?". On en partage ou pas l'analyse et les conclusions, mais la rédactrice en chef du Nouvel Obs a bien mis au jour une réalité : la crise des sub-primes, a sacrément écorné l'image des libéraux, même si ceux-ci se défendent de n'y être pour rien. A la suite de cet article, on trouve "Une interview du dernier des libéraux", en la personne d'Alain Madelin (formule destinée à appâter le lecteur, car dans l'article qui précède, il est assez longuement question d'AL, comme d'une relève à celui qui est resté pendant des années le fer de lance du libéralisme en France). En ce qui me concerne en tant que membre fondateur d'AL, j'ai ressenti une grande fierté à la lecture de ce passage :
"Quant à Alain Madelin, dernier des Mohicans et idéologue de la bande, désormais «en retrait» de la vie politique, il s'explique dans «le Nouvel Observateur» (voir page suivante). (...) Il tacle les puristes d'Alternative ......
.
.....libérale. Mais sur le fond, sa thèse est bien la même que celle de ses jeunes affidés..."
AL, trop puriste pour Alain Madelin ! Ca c'est un scoop. Alors, on s'interroge. On se demande : "qu'est-ce qu'on t'a fait Alain ? On t'a piqué ton job ? S'agit-il d'une affaire personnelle ?" Vite, l'interview pour en savoir plus. Et là, on découvre le motif : après avoir décrit pendant les 3/4 de l'interview l'Etat comme un pompier pyromanne, le "dernier des libéraux", nous sort l'exemple qui tue :
"N.O. : Dans la mouvance libérale, certains puristes expliquent qu'il aurait fallu laisser Lehman Brothers Faire faillite...
Alain Madelin. - Si mon voisin met volontairement le feu à sa maison et qu'elle brûle, je peux être tenté de dire que c'est bien fait pour lui. Mais si l'incendie menace de se propager à la ville entière, il me paraît prudent d'appeler les pompiers."
Même quand on sait que le pompier en question a lui-même participé,
voire provoqué, l'allumage de l'incendie ? Piégé ! N'est-ce pas ce genre
d'argument qui fait dire après des libéraux qu'ils cherchent la
privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes ? Il est
vrai que la position d'Alternative Libérale ne tombe pas dans les
travers du pragmatisme politique, elle a quelque chose de "chevaleresque". Et on peut même se demander si on est honnête dans ce que l'on défend ou s'il s'agit d'une posture. Car, si demain, un malin génie me
prédisait mon avenir en me disant, si l'Etat n'intervient pas dans la
crise tu vas perdre ton emploi et tu vivras des galères pendant au
moins deux ans... Je réfléchirai à deux fois avant d'envoyer un
communiqué pour critiquer le bail out de Paulson. Mais si un autre
génie intervenait en me montrant que le plan en question ne résoudra la
crise qu'en partie et de manière temporaire (le temps que les banquiers
se refassent avant de recommencer les mêmes erreurs) mais que les
principales conséquences seront surtout sur le long terme. On envoie un
signal aux acteurs du marché du genre : "allez-y les gars, have fun, on
sera toujours là pour faire éponger vos dettes par les contribuables". Alors je me
poserai de sérieuses questions entre le mal et le pis et surtout sur
l'universalité du principe que j'ai choisi. Et c'est là que je trouve
qu'Alain a rudement bien choisi son mot en nous traitant de "puriste".
Car c'est bien d'un problème de morale dont il s'agit. Et nous voici
tout droit renvoyé à Immanuel Kant et sa Kritik der reinen Vernunft (La critique de la Raison Pure). Rappelons le premier impératif : "Agis de manière telle que la maxime de ta volonté puisse toujours être universalisée". Si je transpose l'impératif au plan Paulson, j'arrive à la proposition suivante : Peut-on faire de la maxime "Sauve les banques aux actifs corrompus",
une maxime de notre volonté qui puisse être universalisée ? Rien n'est
moins certain. Car agir ainsi, a forcément des conséquences à long
terme. C'est une véritable perversion de la morale politique et
financière. De cette perversion, le libéralisme authentique ne veut
point !
- " Idéaliste ? Puriste ? "
- "On verra bien quand vous serez aux
affaires ! A votre tour, vous choisirez le pragmatisme... "
- "Maybe..."
Mais
concrètement je pense qu'AL est très pragmatique dans son "purisme" quand
elle entend défendre le beefsteak des classes moyennes qui vont, une fois
de plus se faire tondre par la mécanique imparable de ce système qui a
fait que les financiers se sont ammusés à jouer au casino les dettes
des classes les plus pauvres avec les encouragements des
politiques-croupiers qui avaient incité la banque à prêter. Ces derniers vont fermer le casino pour un temps. Puis, on le ré-ouvrira. Et on recommencera....
Mais qu'il n'y ait pas confusion : oui les libéraux sont pour qu'il existe des casinos et ils n'opposent pas la finance et l'industrie, poncif éculé que l'on entend beaucoup trop ces derniers temps. Il sont juste très fermes sur un principe : ceux qui trichent doivent payer, il n'y a pas de raison que ce soit les autres qui payent. Et c'est en cela qu'ils sont des "puristes".


Pour ma part je n'ai pas tout a fait le même point de vue sur l'aspect puriste d'AL. Peut-être trop sur certains points, mais pas assez sur d'autres points développés : je pense au discours qui avait lieu sur la création des syndicats par le libéralisme; l'argument est moyen quand on imagine l'image qu'il diffuse dans l'esprit collectif.
Sinon pour les subprimes, je n'ai pas d'envie tranché faute de culture économique personnel suffisante. Néanmoins je suis absolument d'accord avec tout tes arguments ! Très bon post !
Rédigé par : AsTeR | 03/10/2008 à 15:04
Le plan Paulson version 2 est passé malgré les inquiétudes qu'il suscite à long terme (on trouve ça et là de bonnes analyses par des économistes réalistes et compétents), pour le moment, il rassure pour que tout reparte comme avant "business as usual". Je ne fais pas de l'égoïsme une de mes valeurs princeps mais ceux qui vont cracher au bassinet c'est avant tout nos/mes amis américains et je pense que la plupart et surtout les plus intelligents ont même le sourire pour se faire tondre... tant pis pour eux. Après tout un océan nous sépare et l'incompréhension mutuelle aussi...
Ils ont les sénateurs de panurge qu'il méritent comme nous on a notre formidable classe politique qui est pas foutue d'appeler un chat un chat. Monsieur Sarkosy la France est en RECESSION, (Crise, croissance négative etc..) ne vous en déplaise.
Ce serait donc vraiment une superbe idée de mettre à la poubelle les critères de Maastricht pour creuser encore plus nos déficits abyssaux, après tout il n'y a que notre cohorte d'énarques flagorneurs pour croire que notre salut est encore dans la relance et les belles idées de Keynes.
(Pitié, Messieurs, vous savez lire 3 langues lisez enfin autre chose)
Je dis donc pauvre France !!! Nous nous consolerons avec nos cousins d'Amérique.
Au delà de dire "qui a tort" ou "qui a raison" je voudrais entendre des gens (des libéraux ?) avec assez d'exposition médiatique (dommage...) pour dire que l'on a perdu le plus évident sens commun et que avant de grand théorèmes économiques il faut d'abord être réaliste et intelligent.
La cause et les principes libéraux ont pour eux d'être (entre autre) guidés par une valeur transcendante qu'est la raison.
Soyons réaliste demandons la raison.
Rédigé par : | 04/10/2008 à 13:28
"Mais concrètement je pense qu'AL est très pragmatique dans son "purisme" quand elle entend défendre le beefsteak des classes moyennes"
Voila au moins ça a le mérite de la franchise....
AL n'est pas fait pour défendre l'intérêt général mais uniquement celui des "classes moyennes".
On s'en doutait un peu mais comme disait mon père: "ca va encore mieux en le disant".
Bon dimanche
jf.
Rédigé par : jacques | 05/10/2008 à 15:14
@ Inconnu : merci pour votre commentaire
@ Jacques : Est-ce que j'ai dit cela ? La défense des classes moyennes exclue-t-elle la défense de l'intérêt général ? Prenons une mesure concrète de notre programme : la flat tax, par exemple. Cet impôt proportionnel doit être payé par tout le monde, que vous soyez riche, pauvre ou...dans la moyenne. Aujourd'hui, si vous êtes très pauvre, vous ne payez pas d'imppôt. Si vous êtes très riche et que vous avez un bon conseiller fiscaliste, vous n'en payez pas non plus. Alors où se trouve l'intérêt général ? Dans un impôt progressif ou dans un impôt proportionnel ?
Rédigé par : JPO | 05/10/2008 à 15:47
Bon Dimanche également :-)
Rédigé par : JPO | 05/10/2008 à 15:47
L'inconnu c'est moi ;) j'ai en effet posté trop vite
Quand il s'agit de défendre la supériorité intellectuelle et pratique du libéralisme je m'emporte... gentiment
Au plaisir
Cordialement
P.S: désolé de partir sur autre chose mais savez vous si il est prévu une évaluation du suivi par notre gouvernement des "conseils" de la commission Attali... je dis ça car il y a quelques bombes dedans et que je dis "chiche".
Or un certain N.S, président en fonction, a dit que à l'exception de 3 ou 4 nous adopterons vos mesures (pour relancer la croissance, soit 316)
Le rapport est librement accessible en version complète sur le net.
Rédigé par : Denis Lesage | 05/10/2008 à 18:10
Je ne sais pas si vous l'avez dit mais au moins vous l'avez écrit puisque je n'ai fait que recopier une phrase de votre billet ci-dessus.
Cependant si c'est une erreur ou une imprécision... alors, dont acte.
jf.
Rédigé par : jacques | 05/10/2008 à 19:07
@jacques:mais c'est vous qui interpretez en affirmant qu'en défendant les classes moyenne on ne peut defendre l'intérêt général. Moi je pense qu'il n'y a rien d'incompatible. Au contraire. Quant aux cibles prioritaires chaque parti a les siennes.
Rédigé par : Jpo | 06/10/2008 à 00:06
@ Denis : c'était donc vous ! Je me disais aussi. Qui plus est, je viens de decouvrir que vous blocuiez également ! Et un Blog libéral ! Vous n'avez pas honte ? Bon On vous le met dans la blogosphere d'al ?sinon pour attali, c'est vrai qu'il avait quelques propositions sympas dt certaines de notre programme ;-). En parlant de comite theodule, aves vous vu que Gerard Larcher veut déjà faire une commission sur les institutions ? Pas question bien évidemment de supprimer le sénat ou les departements. Mais bon pour une commission il y a toujours des frais a faire passer, non ?
Rédigé par : Jpo | 06/10/2008 à 00:28
"Aujourd'hui, si vous êtes très pauvre, vous ne payez pas d'imppôt"
Un scandale, vous dis-je. Une analyse pertinente de l'assistanat socialo-communiste. Heu, excusez-moi : étatisto-jacobino-socialo-communiste.
"Prenons une mesure concrète de notre programme : la flat tax, par exemple. Cet impôt proportionnel doit être payé par tout le monde."
Ah, enfin des gens qui proposent de faire payer des impôts aussi aux pauvres. Il était temps.
Et qui proposent, dans le même mouvement, d'en faire payer moins aux riches, puisqu'elle est plate (la taxe). Les vraies valeurs de bon sens sont enfin de retour : il ne sert à rien de faire payer quelques malheureux riches, qui ont bien du mérite à amasser des fortunes de l'ordre de la centaine de fois le revenu médian.
Faisons plutôt payer les pauvres.
Je te donne le truc, car tu ne sembles pas l'avoir remarqué : ça marchera, car même s'il sont fauchés, les pauvres sont très nombreux... hi, hi, hi.
Dé-li-cieux !
Rédigé par : georges | 06/10/2008 à 00:42
@georges : j'apprécie enormement votre humour mais je ne vois pourtant pas ce qu'il y a de drôle dans l'idée que tous les citoyens doivent payer des impôts en fonction de leurs moyens ? C'est ce vers quoi toute démocratie devrait tendre. L'impôt a une vertu responsabilisante. Si vous le payez, vous vous sentez implique dans la vie de la société . Si vous ne le payez pas, comment vous etes a la merci de la société. Si celle-ci est charitable elle vous assiste mais rien ne l 'y oblige. Quand vous payez des impôts vous avez des droits et des devoirs.
Alors certes la flat Tax n est pas parfaite, mais elle reste l'impôt le plus juste et le plus transparent.
Rédigé par : Jpo | 06/10/2008 à 01:20
La citation de Madelin me semble de bon sens. Pourquoi ne pas protéger ses plumes ? L'état sert aussi à limiter la casse.
Rédigé par : Blogueur influent | 08/10/2008 à 18:26
@ Blogueur influent : "L'état sert à limiter la casse" Comment affirmer cela quand on a démontré avant que c'était l'Etat qui se trouvait à l'origine première de la casse en question. Je discutais du sujet hier avec Jean-Marc Vittori. Ce dernier considère le plan Paulson comme le plus grand hold-up du siècle... Le bon sens n'est pas toujours ce qui est le mieux partagé, surtout quand on gère des fonds.... suivez mon regard ;-)
Rédigé par : JPO | 08/10/2008 à 18:34
Interessante Informationen.
Rédigé par : lieben | 03/03/2009 à 10:59